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BIC de MAI : L’agroécologie et le droit à l’alimentation...

jeudi 28 novembre 2019, par webmaster

L’agroécologie et le droit à l’alimentation

Depuis 1948, c’est inscrit noir sur blanc dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation ». Depuis 1948 pourtant, ce droit à l’alimentation s’est vu galvaudé : le principe de sécurité alimentaire justifiait un développement effréné du modèle d’agro-business, au prix bien souvent de la santé et du bien-être tant des consommateurs que des paysans. Aujourd’hui, de plus en plus de paysans se tournent vers des modèles alternatifs : agroécologie, diversification des races dans les élevages, circuits courts alimentaires, etc.

L’agroécologie consiste pour le paysan à chercher à imiter la nature dans son champ. Elle mise sur les complémentarités entre différentes plantes et différents animaux. Elle parie sur la capacité d’intégration des écosystèmes. Elle reconnaît la complexité inhérente aux systèmes naturels. Elle récompense l’intelligence et l’inventivité, là où l’agriculture industrielle et/ou l’agro-business prétend décomposer la nature en ses éléments et simplifier la tâche du paysan, quitte à la rendre monotone. Elle conçoit l’agriculture non pas comme un processus qui transforme des intrants (engrais et pesticides) en productions agricoles, mais plutôt comme un cycle, où le déchet qui est produit sert d’intrant, où les animaux et les légumineuses servent à fertiliser les sols, où même « les mauvaises herbes » remplissent des fonctions utiles.

C’est cette agroécologie que MISEREOR et la PADED (Plateforme d’Agroécologie et de Développement Durable) ont voulu poser comme une alternative aux schémas agricoles classiques en privilégiant l’agriculture familiale (celle inspirée de l’agroécologie), attentive au respect de l’environnement, économiquement performante, porteuse d’un développement humain, soucieuse de la souveraineté alimentaire et de la santé de notre population. Mais il y a autre chose encore. Intensive en main-d’œuvre, l’agroécologie l’est aussi en connaissances : elle suppose des transferts de savoirs, elle repose sur les échanges entre paysans, elle les érige en experts – au lieu que la bonne pratique vienne des laboratoires, elle a sa source dans ces lieux d’expérimentation que sont les champs que l’on cultive.

Dans notre pays où l’exclusion de nos paysans de la décision politique a constitué, pendant des années, une des causes majeures du sous-investissement dans l’agriculture et, plus encore, de choix dans les politiques publiques qui ont sacrifié aussi bien l’équité sociale que la durabilité environnementale, l’agroécologie a donc des effets subversifs puissants. C’est pour toutes ces raisons que l’agroécologie et le droit à l’alimentation sont destinés à converger et, à terme, à nouer une alliance naturelle : parce qu’elle peut renforcer la capacité de nos paysans les plus marginaux à se nourrir ; parce qu’elle peut mieux garantir la souveraineté alimentaire dans le long terme ; et parce qu’elle renforce la place des paysans dans le système de la production agricole dont ils sont trop souvent devenus de simples agents d’exécution – pour tout cela, l’agroécologie est un instrument au service du droit de l’homme à une alimentation adéquate, c’est-à-dire du droit de chacun à se nourrir dignement.

Je salue la parution de cette BIC comme une contribution majeure à un combat en faveur de systèmes agricoles et alimentaires plus justes et plus durables.

Jean-Rusnel ETIENNE, Ing-Agronome, M.Sc Spécialiste de l’agroécologie et de l’agriculture familiale Secrétaire exécutif de la PADED